Dès l’écriture, s’amuser avec la page blanche comme si c’était un plateau nu.

Ecrire pour la scène,

Non pas pour des acteurs au préalable identifiés, non ; écrire d’abord et avant tout pour et avec un lieu : le théâtre, la salle noire. De grandes hauteurs de plafond, des rideaux, une coulisse, un grill…


D’abord je visualise l’endroit désert, ensuite j’y dépose quelqu’un ou plutôt quelqu’un entre. Au début je ne sais pas qui, je peux seulement dire : c’est un homme ou c’est une femme, mais cet homme, ou cette femme, commence d’abord par être une figure, à peine, une simple forme. C’est parce qu’elle fréquente simultanément le théâtre et la langue que cette forme devient personnage.

L’action dramaturgique va naître d’une confrontation ludique, d’une confusion jubilatoire entre le jeu avec le langage et le jeu avec les codes du théâtre ; s’ensuivront alors différents niveaux de lecture que l’acteur, plus tard, en jouant à son tour, mettra en évidence.

L’incarnation, comme clé majeure, pourquoi pas comme condition de lecture.


Nous refusons de dissocier scène et littérature, au contraire, nous invitons la littérature à prendre possession du plateau. Nous attendons d’elle que, sans en avoir l’air, avec grâce et humour, et cachée sous différents masques, elle soit le personnage principal des pièces à venir. Nous attendons d’elle qu’elle donne naissance à des personnages. Que des phrases émerge un caractère, qu’un mot fasse apparaître quelqu’un.

C’est certainement une des raisons pour lesquelles les textes sont écrits en amont des répétitions.


Si les textes sont ensuite modifiables, si certains passages sont repris, c’est la plupart du temps pour rayer du manuscrit ce que l’acteur a su mettre en évidence avec un simple geste silencieux. Ce que le plateau a écrit avec évidence et que le texte se contente de répéter intelligemment (ou bêtement), nous le supprimons.

Dans ces conditions seulement, la réécriture est admissible et même souhaitable ; elle ne l’est plus pas quand elle simplifie le travail de l’acteur cédant parfois à la tentation de prononcer une phrase dans un ordre plutôt que dans un autre, parce que cela lui paraît plus naturel.

Si c’est au profit du personnage oui, mais si c’est au bénéfice de son interprète, non ; au profit du personnage ça ne peut jamais être tout à fait aux dépens de l’acteur.


Nous fuyons le naturel, nous fuyons la reproduction artificielle d’un langage soit disant quotidien. Nous ne voulons pas des parler que l’on se contenterait de reproduire dans un café ou dans une rue. Pour chercher quoi ? La vie ? Quelle vie ?

Cette reproduction, au-delà du fait qu’elle ne nous semble pas souhaitable, nous apparaît fallacieuse ; et surtout inévitablement factice.

Toute reproduction est déjà une sélection, une orientation ; un point de vue.


La seule réalité que nous puissions appréhender, c’est la littérature ; une réalité démesurée qui englobe la vie de tous les jours.

Quelle vie ?

Toutes les vies !


Diane Regneault,

La Compagnie de Trop

QUELLE ECRITURE